De ma blanchitude

par une immigrée anonyme | Version PDF

          La première fois que j'ai pleinement et personnellement pris conscience de ma "blanchitude", c'etait peu avant la trentaine, quand je me suis réveillée un matin, au côtés d'un nouvel amoureux, et que j'ai regardé son corps métisse reposer sur ma peau, incolore …

     Blanche d'Europe, évoluant dans une environnement tantôt uniforme, tant hétérogène, je n'avais jusqu'alors jamais vraiment prêté attention à cette épidermique appartenance … ou différence. Sans doute parce que j'étais et restais, géographiquement, historiquement et statistiquement, dans la "tonalité" majoritaire mon continent … Mais aussi parce qu'avant de m'interroger sur cet aspect là de nos d'appar(ten)ences, d'autres questions se posaient à moi, comme mon statut d'immigrée ou mon identité de femme.

"Blanche parmi les Blancs" je pensais passer inaperçue, mais mon patronyme trahissait une histoire familiale déracinée qu'il me fallait systématiquement expliquer… Et "Blanche parmi les Blancs", c'est également par mon genre que je ne cessais de me distinguer, de par ma propension naturelle à fréquenter des milieux masculins, où je devais également justifier ma présence. Ainsi, avant qu'à l'âge adulte, mes histoires d'amours ou amitiés ne deviennent métissées, la couleur de peau était loin d'être la première de mes préoccupations.

     Ma rencontre avec la notion de racisme date des visites européennes d'une tante éloignée, ayant elle aussi fui la didacture communiste pour émigrer, sur le continent africain. Dès que je me réfère à cette branche de ma famille, je spécifie qu'elle se situait du "mauvais côté de l'Appartheid" : c'est à dire celui des … occupants … Blancs ! Les témoignages de cette tante m'auront amenés à la conclusion que la bêtise est l'alliée du racisme, tout comme plus tard je constaterai qu'ignorance rime avec violence. Car en tant qu'enfant immigrée fréquentant une classe aux nationalités et couleurs multiples, il m'était impossible d'adhérer à son discours ségrégationniste, d'autant que mon éducation hertzienne confirmait jadis que … "personne dans le monde ne choisit sa couleur (…)", que l'important était ailleurs et que "les apparences (…) n'ont pas d'importance"…

Mais je restais et reste encore une "Blanche parmi les Blancs" proférant ses gentils discours et ses bons sentiments, ne subissant pas personnellement d'attaques racistes et étant rarement témoin de telles confrontations.

Peu avant mes amours métissées, ce seront les arts qui m'auront sensibilisée à ma "Blanchitude". La découverte des auteurs de la Négritude et ma rencontre avec certains acteurs du mouvement Hip Hop, m'auront éveillée aux conséquences de "naître Noir ou Blanc". Les réalités françaises contemporaines m'auront, depuis, confirmé certaines implications "d'être Noir ou Blanc".

          Qu'en est-il de ma "Blanchitude" aujourd'hui ? Influencée par je ne sais quelle théorie de sublim-ation génétique ou adhérant inconsciemment à une stratégie commerciale, j'ai intégré les valeurs d'un classement esthétique de la chromatique épidermique ou le blanc, synonyme de terne et salissant, se trouve au plus bas de l'échelle. Et même si c'est avec quelques états d'âme (pour mon compte bancaire et mon capital cancer), c'est en parfaite conscience du "non sens" de cette démarche, que j'expose et insole régulièrement ma peau blanche et fade aux rayons ultra violets, dans le fol et secret espoir d'atteindre un jour les couches supérieures d'une beauté bronzée …

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