Entre classe et blanchité 4/5

La "Blanchité occidentale" comme passeport racial et relationnel : les "voyages"

L'expérience de voyage collectif à l'étranger, notamment en Afrique de l'Ouest et dans les Balkans m'a permis de visibiliser plus fortement ma Blanchité et ma position de Blanc. Comme je l'ai dit précédemment, le fait de fréquenter des couches moyennes voir supérieures a contribué à formater des "envies", "désirs", "rêves" de ces milieux là. Avoir eu un frère qui a voyagé a rendu cette idée possible aussi, tout comme un soutien parental. Avoir était bercé par des désirs de voyage de ma mère depuis tout petit a dû préparer ma conscience. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé, que les envies de voyage de ma mère, née de père inconnu, ont du aussi être influencées par le fait qu'elle a été "conçue" au Sénégal, alors que le mari de l'époque de ma grand-mère y travaillait pendant la colonisation comme marin de l'armée ou de la marine marchande, je ne sais plus.

Il est intéressant d'ailleurs de voir que les voyages sont souvent nourris d'une littérature des "voyageurs" depuis le 18ème ou le 19ème à aujourd'hui. Nombre de livres de chevet des touristes occidentaux ont été écrits en situation coloniale, par des Blancs, souvent des hommes, le plus souvent, de milieu aristocratique, bourgeois, chrétien ou militaire. Cette littérature de "l'explorateur" ou du "voyageur" qui nourrit les "aventures exotiques" ne peut qu'être imbibée des valeurs et normes de ces personnes. Ce n'est pas neutre, et cela construit une "posture", des attentes, des craintes, des désirs, et formate aussi une Blanchité particulière du touriste occidental.

          Une de mes premières prises de conscience a été la compréhension que ceux/elles qui "voyagent" sont les "occidentaux" Blanch-es de couches moyennes ou supérieures, alors que les "autres" migrent, immigrent, émigrent, s'exilent, ou fuient. C'est déjà un bon pavé dans la visibilisation des rapports sociaux racistes et impérialistes. Une seconde chose que je n'ai pas forcément identifiée tout de suite, c'est que pour tout ces voyages "nous" avons besoins de justifier, d'argumenter le voyage, nous l'enrobons au minimum d'un bagage mielleux et foireux "d'exotisme", de volonté de découvrir la vie dans le monde, "d'épanouissement de soi" et de "quête personnelle", de "voyage initiatique" (baratin et valeur propre aux classes sociales Blanches qui "voyagent"). Ensuite, nous maquillons plus ou moins bien des intérêts personnels dissimulés sous des bonnes intentions "altruistes", de "rencontres culturelles", d'ouverture à "l'autre", ou de "solidarité internationale" et de "révolte contre les injustices des pays du sud", et sous une bonne intention de faire quelque chose. Sympa, naïf et hypocrite.

     Dans mon expérience de voyage de "solidarité internationale" dès que nous nous sommes retrouvés sur place et que les causes de toute la pauvreté en Afrique ont commencé à être plus clairement identifiées, nos bonnes volontés ont refusé, collectivement, de poursuivre la "découverte" et de tirer les leçons de ce que cela impliquait. Les causes étaient bien liées à la colonisation, à l'impérialisme occidental, et à la "néo-colonisation" française et la "françafrique". Cela impliquait qu'il s'agissait alors moins de monter des "projets" et d'aller "aider sur place" que de lutter en France contre le système français et occidental. Donc passer de "l'aide à" pour une lutte politique contre l'État français et les entreprises françaises et européennes.

          Comme par hasard, il y eut peu d'enthousiasme pour s'impliquer politiquement et aussi de renoncer au privilège de renvoyer plus tard "tellement l'expérience fût enrichissante humainement et agréable". S'ajoutait à cela le retour en France, la formidable puissance des récits que nous faisions de notre voyage, de la valorisation personnelle que cela impliquait (nous étions des "jeunes courageux et généreux").

Quant à regarder froidement l'impact réel de notre contribution au "mieux-vivre" local… Je ne dis pas qu'il ne se passe rien dans ces voyages, qu'ils n'apportent rien, au contraire, ils sont très enrichissants. Ma question est : qui cela enrichit-il vraiment et quelles illusions sont maintenues sur ces voyages et ces "projets"? Je sais qu'à chaque fois que j'ai essayé d'aborder ces questions du voyages ou de "coopération nord-sud", de très fortes crispations ont émergé et émergent encore. Je les ai moi-même portées. La critique même des voyages et le risque de devoir y renoncer devient insupportable aux yeux de celles et ceux qui ne sont pas prêts à questionner ce privilège, et aussi s’il devient évident que les raisons premières qui motivaient au voyage n’étaient pas les "autres" et l'amélioration de situations diverses, mais soi-même et son bonheur personnel.

Enfin, ces questionnements me sont apparus aussi lors de discussion avec des "militant-es" qui voulaient aller voir ou soutenir des luttes en Amériques latines, au Chiapas Mexique (Zapatiste), en Palestine, etc. J'ai moi même voulu y aller pour voir ce qu'il se passe et en retour informer en France des situations, avant de finalement y renoncer quand il m'est apparu que si le but était de faire connaître les luttes alors le plus pertinent étaient de tout faire pour permettre aux personnes en lutte de ces pays de venir elles/eux même en France en parler directement alors ma présence n'avait plus autant de sens. Chez les militant-es avec qui j'ai essayé d'abord cette question, les résistances à cette réflexion se font sentir également.

Les relations humaines et notre costume de Blanc

           Une autre dimension que j'ai pu vivre et visibiliser concrètement lors de "voyage" qui a du mal à être parlée par les Blanch-es qui voyage, concerne la fameuse "hospitalité" des personnes qui nous accueillent. Sans la dénigrer et dire que tout est faux dans ces relations humaines pleines de vie, les relations étaient aussi pourries par le poids de notre position de Blanc-he. Ainsi nous pouvions susciter chez certain-es de la sympathie, de l'augmentation de prestige social pour celles et ceux qui nous côtoyaient ostensiblement, des espérances d'un possible futur en France si jamais le contact était gardé et que les politiques migratoires de l'Europe forteresse pouvaient être contournées.

Par ailleurs, tout étaient étrangement positif sur notre présence. Les Blanch-es ont rarement accès et font mine de ne pas voir les ressentiments négatifs, le scepticisme sur notre présence, en raison de ce que nous portons sur nous, malgré nous et avec nous, de l'histoire coloniale et l'impérialisme français d'hier et d'aujourd'hui. Nous sommes des "représentants" en puissance de notre groupe social de français Blanc-he occidentaux et membres de la société qui est responsable en grande partie hier et aujourd'hui de la situation du pays dans le quel nous sommes.

Alors, quand les médias français parlent de "racisme anti-blanc" en Afrique feignant de ne pas faire le lien entre cette "hostilité" et la politique de la France en Afrique et du rôle objectif des français à l'étranger, cela relève bien de stratégie de dissimulation de notre responsabilité collective non seulement dans ce qui se passe en notre nom, mais aussi de notre propre responsabilité individuelle dans ce que nous faisons ou dans ce que nous ne faisons et ne voulons pas faire. Des stratégies sont d'ailleurs parfois déployées pour ne pas voir et entendre ce qui pourrait porter atteinte à notre bonne conscience Blanche, il faut conserver les souvenirs d'un beau voyage, avec ses belles rencontres humaines et les illusions que rien ne pose problème dans ces voyages. Des "relations d'ouverture à l'égalité entre les hommes", c'était donc vite dit.

Dans ces expériences de voyages, mais aussi dans des tentatives de discussion avec d'autres personnes qui avaient voyagé ici ou là, j'ai pu prendre conscience d'une autre dimension foireuse de notre costume de Blanc. Mais force est de constater qu'il y a des résistances fortes à regarder les ambiguïtés des relations femme/homme entre les Blanc-hes et les non-Blanch-es. L'ambiguïté des relations de séduction et de flatterie ordinaire révélaient des enjeux de genre compliquant les enjeux "raciaux".

Quel privilège de blanch-es, souvent non questionné, tellement celui-ci est agréable, mais aussi tant il vient interroger des dimensions compliqués de l'intime et de la sexualité, que d'être sur-valorisé, regardé, écouté, sollicité, désiré, et invité à des possibles aventures "amoureuses" ou sexuelles.

Sans parler des personnes dont on nous a parlé, hommes ou femmes Blanch-es, jeunes ou vieux, qui se "faisaient plaisir" par le biais de la prostitution directe, ou de relation "amoureuse" et sexuelle avec restauration offerte, excursion, achat de cadeaux, de vêtements de bijoux, etc.    

Cette position de Blanc et de français au pouvoir de séduction inhabituel, j'ai pu le voir fonctionner également en ex-Yougoslavie. Toutes les portes ou presque s'ouvraient. Tout le monde voulait nous rencontrer. Quelle ivresse pour qui ne brille pas tant que chez lui/elle. Et cette fois, mon sexe d'homme m'offrait explicitement des "ouvertures" relationnelles avec les femmes. Je dois dire ici que pour des raisons particulières à ma construction d'homme et à ma réflexion sur ces relations de domination "raciste-impérialiste", ni en Afrique, ni en ex-Yougoslavie je ne suis passé à l'acte dans ces possibilités d'histoires étrangement "faciles".

Je ne veux pas dire ici qu'il n'y pas de relation d'amitié ou d'amour sincère et possible. Ce qui m'a interpellé ce sont les propositions qui ont été tellement nombreuses et inhabituelles qu'elles n'ont pu que me troubler et me pousser à réfléchir sur l'autre face tronquée de cette position de Blanc-he: l'accès facile au corps et à la sexualité de celles et ceux qui sur l'échiquier mondial se trouve en dessous de cette place des français Blanc-hes.

Être Blanc-he à l'étranger, c'est être Blanch-e d'une certaine classe sociale, être Blanch-e, c'est aussi avoir un sexe. Le sexe du Blanch-e compte, comme son pays d'origine. Les français-es, les allemands, les espagnoles, les américains, etc., ne bénéficient pas non plus du même « passeport social » dans les accès à la sexualité ou au "simple" relationnel ordinaire. La force de la domination symbolique et culturelle au plan international de notre pays d'origine joue énormément sur les droits et passe-droits dont nous bénéficions à l'étranger.

Cette dimension "relationnelle" à l'étranger m'a permis de prendre conscience que cette Blanchité agissait aussi en France, et que ce passeport Blanc fonctionnait en fait quotidiennement dans des contextes amicaux, professionnels, comme autant de fois où ce passeport donne accès à des droits quand d'autres n'ayant pas ce passeport n'y ont pas accès. J'ai pu aussi comprendre que toutes relations amoureuses entre Blanc et non-Blanc ou personnes de nationalité différente ou d'origine différente, en France comme à l'étranger, étaient aussi structurées par les rapports sociaux racistes et impérialistes. Je savais qu'il y avait des rapports sociaux de domination de sexe et de genre qui venaient s'immiscer dans l'amour et la sexualité, j'ai pris conscience que les enjeux "raciaux" faisait aussi partie de la donne et pas uniquement dans les meilleurs aspects. Sans que nous en ayons conscience se joue des questions d'exotisme, d'utilisation de notre Blanchité pour accéder à la sexualité ou à une relation amoureuse, volonté inconsciente de se démarquer des autres Blancs par la sexualité, reproduction de rapports de domination sexués et racialisés dans les relations.

Ces expériences de voyages ont contribué à bousculer ma façon de comprendre le racisme. D'un racisme tel que je le comprenais en France limité au racisme directe commis par "les racistes", je suis passé à une compréhension d'un système social inégalitaire global structuré par le capitalisme, le colonialisme, l'impérialisme, le racisme et le sexisme, fondé sur la domination mondiale de classes sociales bourgeoises et "classes" moyennes sur les classes populaires, et fondé sur la domination des groupes Blancs en situation d'hégémonie sur les groupes non-Blancs, et des hommes sur les femmes mais aussi des femmes Blanches et bourgeoises sur les hommes et femmes non-Blanch-es).

Ce système global distribuent des droits, des passes-droits, des avantages et des privilèges aux dominant-es en tant que groupe, quelles que soient leur valeurs, convictions et intentions des Blanch-es, au détriment des non-Blanch-es.

A partir de là, la définition du racisme d'Albert Memmi raisonna autrement dans ma tronche de Blanc : "le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression", une place, un avantage, un droit, un privilège, etc.

Pour moi aujourd'hui, avoir des pensées, des comportements, des paroles racistes ne se limite pas au racisme intentionnel et idéologique d'extrême droite, c'est aussi quand, en tant qu'athée opposé au pouvoir de l'Église catholique, je ne voyais pas que mon athéisme pouvait être porteur de mépris et de racisme islamophobe, c'est quand spontanément je pouvais avoir le réflexe de demander à une personne non Blanche "son origine" (en croyant être sympa et m'intéresser à elle), alors qu'au Blanc jamais cette question ne me serait venu à l'esprit.

C'est aussi simplement nier que je suis Blanc et racialement dominant et que cela procure des avantages.

C'est aussi quand je ne vois pas les situations de "communautarisme Blanc", quand je vais dans des soirées amicales, où quand je vais à une projection de film ou de documentaire et que je ne me rend pas tout de suite compte (ou pas du tout) que la salle est exclusivement Blanche parlant de racisme, des sans papiers, de colonisation, et aussi exclusivement couches moyennes parlant de pauvreté, de précarité ou de classe ouvrière.

Une identité Blanch-e de couche moyenne: l'économie politique et identitaire du racisme

          Ayant été presque entièrement socialisé avec des "Blanc-hes" de couches moyennes, je me suis donc construit comme Blanch-e de couches moyennes et n'ai pris conscience de ma position sociale de "Blanc" que tardivement. Je ne développe pas ici, mais il me semble que le contenu social de l'identité Blanche et les formes de l'arrogance Blanche, et les intérêts "raciaux" sont construites différemment chez les classes populaires, les "classes" moyennes, et les classes bourgeoises. Ce qui ne veut pas dire que les un-es sont plus ou moins racistes que les autres.

De même, la contribution au maintien de l'inégalité raciste, la défense de ses intérêts et de ses privilèges de Blanc-hes, et enfin, les intérêts liés au maintien de l'ordre raciste sont différents et se font selon des modalités différentes selon les classes sociales. C'est important pour moi, du fait de ma propre place et trajectoire. Cela peut paraître insignifiant pour des non-Blanch-es subissant les contributions au racisme "des" Blanch-es des différentes classes sociales. C'est peut être aussi une stratégie de défense qui contribue à redire "on n’est pas tous pareils". Mais de ma place, je considère que les classes dominantes ont un intérêt immédiat au racisme et qu'elles sont non seulement les principales inventrices et organisatrices du racisme, depuis leur besoin de justifier la colonisation et l'esclavage, jusqu'à la persistance des discriminations et la sur-exploitation qu'ont vécus et vivent des non-Blanch-es.

Les couches moyennes aussi profitent des inégalités racistes et participent aussi à leur maintien (même si elles aussi y perdent à terme), alors que le racisme contribue aussi à accroitre les inégalités et les injustices de classe que vivent les classes populaires Blanch-es (même si en même temps elles ont aussi certains "bénéfices" liés au racisme). Je ne développe pas. Je le mentionne rapidement pour le moment et à la hache.

Ayant moi-même eu des expériences professionnelles d'emploi de couches moyennes et supérieures, je pense de plus en plus que, les couches moyennes, malgré des idéaux souvent (ou parfois selon les gens) sincères contre les inégalités et le racisme, "nous" avons des intérêts immédiat à l'inégalité raciste et à l'inégalité de classe, même si à long terme ce n'est pas le cas

. Une des raisons est que ces inégalités de classe et de "race" repose simplement sur le fait qu'une grande partie de nos emplois est liée directement à l'existence même de problèmes sociaux et aux inégalités (de classe, de sexe, et de "race") : les travailleurs sociaux, associatifs, action socio-culturelle, éducation, éducation populaire, formation, insertion, prévention, travail médico-social, mais aussi consultant-es et expert-es en tout genre, urbaniste, architecte, juriste, économiste, sociologue, etc.

L'économie professionnelle des couches moyennes, et de certaines fractions des classes supérieures, est principalement fondé sur le dos de celles et ceux qui sont dans la merde… C'est là je crois une grande contradictions, le racisme et le capitalisme contribuent à notre oppression collective (y compris de Blanc-hes) et dans le même temps ils sont les garants de nombre de nos avantages. Remettre en cause les inégalités de classes et de "races" est aussi remettre en cause notre place dans le système.

Ensuite, il me semble qu'une part importante de l'ascension sociale des couches moyennes (c'est à dire historiquement une partie des classes populaires qui ont pu améliorer leur niveau de vie et se sont en cela, en partie, extraites économiquement, culturellement et mentalement de la classe ouvrière) a pu se faire du fait des luttes ouvrières et de leur conquêtes sociales importantes, de l'exploitationn coloniale et impérialiste (avant et après les dites "indépendances coloniales"), mais aussi du fait de l'exploitation de classe populaire et en son sein, des immigré-es et autres racisé-es non-Blanc-he-s.

Et au regard de l'absence de prise en compte de cette "économie politique" du capitalisme et racisme dans les analyses de couches moyennes (militantes ou non), on peut effectivement en déduire qu'il y a, au minimum malaise et une difficulté à gérer ces contradictions posées, et une tendance à protéger "notre" petite gueule, nos fesses et notre petit confort d'abord avant de penser à ceux des "autres", bref à tout faire pour "déjà réussir" à avoir une place dans ce système, et le reste de ce que cela implique est mis en veille, hors d'une conscience qui empêcherait de dormir.

En fait, il y a complicité objective (plus ou moins consciente) du fait d'un intérêt social de classe et de "race". Il y a un certains intérêt au maintien de la situation (puisqu'il y a des retombées et "bénéfices" du racisme et de la lutte des classes) et en même les couches moyennes sont aussi sur un siège éjectable, provisoirement stable, parce que les classes dominantes ont intérêts à maintenir les couches moyennes captives, passives et complices.

J’ajoute aussi l'existence dans tout ça d'une "économie sociale et symbolique" de l'identité et de la bonne conscience qui empreinte aussi des postures valorisantes d'être "aidant", d'avoir l'impression de jouer un "rôle progressiste", d'apporter "malgré tout" un petit réconfort, une petite "amélioration" dans les vie des dominé-es pris dans diverses oppressions quotidiennes. Combien sommes-nous à nous faire valoir, à trouver un sens à notre vie, se penser "utile", à valoriser notre identité sociale aux yeux d'autrui mais aussi pour nous même, bref à tirer des bénéfices sociaux et symboliques divers de cette place "d'aidant". Ceci se questionne pour les professionnel-les, mais est-ce que la question ne se pose pas pour les bénévoles et militant-es qui aident/militent pour les pauvres, les chômeur-es, les victimes de violences sexistes ou de violences racistes, pour les sans papier-es, les étrangers, les discriminé-es, les pays du tiers-monde qu'il faut aider, etc. ?

          Sans parler d'une pratique très fréquente et régulière, dans laquelle je suis encore moi-même, de parler et de vouloir agir '"au nom de", et à la place des premier-es concernées (exploité-es, pauvres, victimes du racisme, du sexisme, de l'impérialisme, etc.). Nous Blanch-es et couches moyennes (militant ou non) occupons des places et prenons la parole à la place de celles et ceux qui devraient parler en leur nom, avec leur point de vue, leur analyse, leur valeur, leur choix de lutte. Il est par ailleurs plus facile de dénoncer le racisme de l'extrême droite que le racisme diffus présent dans l'ensemble de la société et présent y compris dans nos propres pensées, paroles et actes.

C'est pour cela qu'il me semble qu'une des raisons aussi pour lesquelles les couches moyennes Blanches ne se révoltent pas plus, tient donc au fait qu'elles sont tenues et opprimées (dans une certaines mesure) par un système dont, dans le même temps, elles profitent matériellement, mais aussi subjectivement et identitairement.

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