Elles/ Big Bang

par LO | Version PDF

Elles

 Deux dames vont se rejoindre pour essayer d'écrire à nous qui venons de naître une histoire faite d'espérance et de croyances! La première imagine une terre d'accueil remplie d'amour et de libertés pour qu'on puisse avoir une meilleure vie. C'est pas très original on dit souvent ça dans ces cas là! La seconde nous attend avec impatiences avec l'image quelle se fait de nous. Seront nous capables de combler sont cœur avec ses cicatrises ? Maintenant nous ont est là ; en Occident ! Elle est heureuse! A l'age de 3 ans le diagnostic tombe l'un de nous est handicapé. Fort heureusement ça fait maintenant quelques années qu'on est là. En plus, là bas le médecin aurait donc menti. Merci à lui alors! Mince de gros espoirs tombent à l'eau il faut prendre les choses en mains. Pendant ce temps, l'autre bout de nous nous pense en Italie. Vous savez donc déjà que je ne peux me dire blanc dans le sens qu'on lui donne le plus souvent. J'ai bien sur eu droit à l'église tous les dimanche, non sans soupirer. Je crois que je n'en ai jamais eu grand chose à faire de ses louanges!! Si allez, j'aimais les bonbons pendant le catéchisme et les hosties, avant de dire Amen. Tout cela est bien innocent, j'étais un enfant!! J'avais quoi ? Peut être 9 ans, je vivais dans un quartier résidentiel à B. Mes voisins étaient pour la plupart tous blancs de peau! Nous avons bien une connaissance qui donnait le change. Oui je jouais avec lui. Bonjour Toufik!! Durant ces années-là, j'allais connaître les premières discriminations liées à mon handicap. « Patate ! » me disait régulièrement un voisin. Ben ouais mon corps est hors norme! Fils de parents maintenant séparés, j'allais devenir un être politique. On peut toujours remettre en question son éducation. Je serai dorénavant un éternel défenseur de l'opprimé en général. Je lis, je clame pour la liberté l'égalité la fraternité. Dans ce sens, j'ai peut être toujours été bien plus français que blanc ! De manifs en manifs je découvre autant la richesse humaine que la désillusion. Mon handicap a toujours était ma force mais également ma faiblesse. Car lucide plus que jamais sur ma condition je suis bien placé pour savoir que nous pouvons nous enfermer dans nos chaînes! Il m'est arrivé de dire merci à mes amis pour avoir passé la journée avec moi. Aie ! Relent catholique à l'horizon! On arrive à ma propre idée du blanc. Il va aider le clochard mais pas question de le laisser passer la porte. Oui, l'église c’est "aime tout le monde" sans jamais vraiment laisser la place à la découverte de ce que nous aurions pu être si on était né ailleurs ou autrement. J'ai pas demandé à être né handicapé ni à avoir deux mères avec sur le même cœur, le Chili, la France. Alors quitte à en faire quelque chose j'en ai fait une force. Je suis nourri, logé, blanchi de richesse illégitime!!!

Big Bang

En toute légitimité

J’ai connu ce pays qui est la France avec maman et papa qui me ramènent a la maison

et oui je suis né je commence a connaître les joies familiales  j'ai des grands parents des oncles des cousins

Mes premiers cadeaux de Noël.

En toute légitimité Je découvre qu'il y aurait un homme qu'on appelle Dieu

j'essaye de rentrer en communication avec lui je vais a la messe tous les dimanches

Il doit être de peau blanche les gens à l'intérieur le sont tous enfin je suis tout ça avec un certain ennui

Les amis de papa et maman le sont aussi

en toute légitimité

Suis-je étrange? Non je commence juste a penser par moi-même

Me rendre compte juste qu'il y a une sorte de contradiction entre le discours de l'amour de Dieu et la débandade à la maison

Papa a une femme et il semble bien que pour elle je ne suis pas le bienvenu

Peut-être pas assez docile a son goût!! Un papier est posé : étranger tu es!

Papa confirmera ses dires

En toute légitimité

Pas de musique de bougnoule chez moi

Il n'était pas loin de penser comme sa femme au fond même si je ne suis pas !

Quelques années plus tard c'est en toute légitimité que dans un souk d'enfer je ferme la porte après une bagarre d'avec sa femme

Papa aime sa femme! Je venais de rejeter cette église mentale

En toute légitimité Blanc de souche amène La famille et les repas

En toutes légitimité

je dois vous dire que cette instance réclame la plupart du temps d'être à l'image de ce qui le préside

Donc a Noël je décidai de bouffer avec les camarades du foyer où je me trouve a cette époque

J'arborais une crête rouge ce n'était pas du goût de tout le monde…Suis-je un bon exemple ?

J'en sais rien c'est aux autres d'en décider

Handicapé je suis! En toute légitimité

Exclu je le fus de cette réunion Maman fut très triste J'aurais pus faire un effort

En bon chrétien que je ne suis plus

en toute légitimité

Il y a un peu plus de quatre mois ma tête a fait un aller-retour à mon point d'origine

J'ai retrouvé des gens que je dois apprendre a connaître

Mon texte s’en va voir le début qui sera pourtant la fin

En toute légitimité l'amour m’a fait illégitime

Oh ma mère, chilien blanc je suis je t'aime te amo te amo je t'aime

Sommaire  

Autour et sur la blanchité

par JE | version PDF

          Ce récit ne présente pas ce que j’ai vécu mais ce que je pense en avoir perçu en le vivant, mon regard d’aujourd’hui cherchant à voir la « blanchité » dans ce parcours. Il s’agit d’un regard parcellaire et embryonnaire sur mon parcours. Un texte qui amorce et poursuit des temps de recul qui me sont essentiels.

          Je fais le choix de commencer à écrire mon histoire de Blanc, sur laquelle je me suis peu penché, en laissant venir les moments clés, dans l’idée que raconter mon parcours m’amènera à ce qu’est être Blanc pour moi aujourd’hui.

 

Découvrir ma couleur s’est fait de manière diffuse, dans mon ordre d’enfant, de fils d’expatrié au Cameroun de 6 mois à 5 ans, puis au Nigeria de 9 à 14 ans.

 

Mes parents travaillaient à Douala en 1980 pour Elf Aquitaine, entreprise pétrolière qui fournissait à ses employé-e-s, un salaire majoré d’une « prime de risque » – le Cameroun était un « pays à risque » – une grande maison avec des barreaux aux fenêtres, un gardien à l’entrée, un chauffeur pour la voiture, un « boy » – je ne découvrirais que bien plus tard les résonances de ce mots – pour la maison, une « nounou » pour me garder. Ce cadre faisait partie de la vie à Douala. Progressivement s’est présenté à moi un monde où les « Blancs »
étaient riches et dirigeaient aux « Noirs », qui étaient pauvres (les guillemets expriment le fait que ces mots n’avaient pas de résonance concrète pour moi, que je ne distinguais pas encore, à mon souvenir, des personnes par leur couleur). Les Blancs vivaient en France et les Noirs vivaient au Cameroun et, semblait-il, en Afrique. Dans mon souvenir, cette « réalité » s’est cristallisée autour de mon 5ième anniversaire. Mes amis et amies enfants d’expatrié-e-s m’apportaient de beaux cadeaux et j’étais émerveillé d’ouvrir les paquets. Mon meilleur ami, Titi, vint avec son père et m’offrit une tablette de chocolat. Je jetais la tablette et piquais une crise. Ma mère me prit à part et m’expliqua en colère que Titi m’offrait quelque chose qui lui était inaccessible sans doute et que ce cadeau avait plus de valeur que ceux que les autres enfants m’avaient fait. J’étais honteux et surtout très surpris. Comment se faisait-il que l’on ne
puisse pas avoir du chocolat à manger ? Sans en prendre conscience, je pense avoir réalisé que
Titi était métis et Camerounais lors de cet épisode.

 

Je suis rentré en France et j’ai oublié le Cameroun. J’étais plutôt fier d’y avoir été, mais une fierté de petit voyageur, qui a vécu des choses exceptionnelles par rapport à ses copains copines. Pas toujours exceptionnelles d’ailleurs, car mes copains copines étaient aussi également les fils et les filles d’expatrié-e-s d’Elf, de Bouygues et d’autres entreprises opérant dans d’autres pays. En France, je ne me rappelle pas m’être regardé comme Blanc, sauf quand « on » parlait de « l’Afrique » – c’était souvent mon père qui parlait du Cameroun et du Nigeria, pour dire d’un air désolé qu’avec son expérience de l’Afrique, il avait peu d’espoir pour ce continent. Souvent, j’entendais ses explications en famille, où il était écouté religieusement, ce qui renforçait la portée de son discours. Je ne suis pas certain de la formulation exacte de ce qu’il disait, c’est en tout cas ce que j’entendais : si mon père était pessimiste quant à l’avenir de l’Afrique, c’était qu’il avait travaillé avec des Noirs Africains du Cameroun et du Nigeria ; et à peine entre parenthèse, parce que les Africains étaient corrompus et travaillaient mal.

 

Après cinq ans en France, dans les Hautes-Pyrénées, je suivis à nouveau mes parents. A Lagos, au Nigeria. J’avais 9 ans.

 

Il me revient qu’avant de partir, mes frères et moi avons commencer notre scolarité à P., village natale de ma mère. Je me souviens d’un vent de peur et de méfiance qui avait soufflé sur l’école à l’arrivée d’une famille rom au village et à la perspective de leur scolarisation.
L’institutrice nous avait prévenu qu’il fallait les accueillir, qu’ils n’étaient pas riches et peu cultivés, quelque chose comme cela. Ils sont venus à l’école, ils étaient deux. D’une autre couleur de peau, sales et agressifs. C’est en tout cas ce que j’entendais et qui alimentait mon
imaginaire. De fait, ils s’étaient battus avec d’autres élèves. Il paraît qu’ils étaient féroces, sauvages. Je les évitais et éprouvais de la méfiance empreinte de peur à leur égard. Je me rappelle également de l’horreur mêlée de pitié de ma mère quand elle parlait des « romanichels ». Sans comprendre ce que je vivais, il me semble que je reliais une fois encore la couleur à la richesse, cette fois avec la sensation que deux romanichels risquaient de mettre à mal la tranquillité de la vie de toute l’école.

 

Nigeria, de 9 à 14 ans.
Le fossé entre expatriés et Nigérians est encore plus important qu’au Cameroun. Chauffeur, « boy », gardiens, barreaux aux fenêtres et aux portes, campand – résidence pour expatrié-e-s avec piscine, tennis, barbelés aux murs – dans un des quartiers riches de Lagos. Un bus passe le matin pour m’amener à l’école francophone de Lagos, le même me ramène l’après-midi. Au cours de ces quatre années, je côtoie des Français, des Libanais (~40% des élèves), Béninois, Togolais, Camerounais, Bulgares, Autrichiens, Belges, Perses, Indiens. Beaucoup de copains Métis également, la plupart enfants de Français mariés à une épouse d’un pays dans lequel ils avaient travaillé. Je crois alors qu’un Métis est quelqu’un qui a un parent noir et un parent blanc. La plupart des élèves étaient enfants d’expatriés travaillant dans le bâtiment, dans l’industrie du pétrole, ou enfants de diplomates, d’ambassadeurs. Dans cette école, tous les enfants ont des couleurs : « blanc » (Français, Belges, Autrichiens), « noir » (Camerounais, Béninois, Togolais), « sombre » (Indiens), « café au lait » (Métis), « bronzé » (Bulgare, Perse). Je ne me souviens pas de catégorie pour les Libanais.

Sans que j’y fasse attention, je me rappelle que les Noirs étaient en queue de classe. Tous les professeurs sont Blancs. A la récréation, tout le monde se parle et passe du bon temps ensemble, mais les élèves se regroupent ; plus par nationalités que par « couleurs ». En dehors de l’école, je fréquente peu les copains Noirs et principalement les copains Blancs. Comme j’avais attrapé l’accent du sud-ouest de la France à Saint-G…, il m’arrive de parler avec l’accent des copains Béninois, mais cela ne produit pas le même effet. Cela fait rire mes
parents et mes copains copines Blanc-he-s. Nous nous amusons aussi à nous moquer, à plusieurs Blancs expatriés, de l’accent des Noirs, des Belges, des Suisses et des Allemands, que nous entendons notamment dans des dessins animés et des films de la vidéothèque d’Elf Nigeria. Des blagues sur le nez des Noirs, des blagues où les Noirs sont traités de singes. J’entends et répète les blagues, souvent entendu dans le cercle expatrié. J’admire également Modibo et Mansour, deux copains Noirs qui jouent très bien au Handball. Je fais le lien, je ne sais plus bien si c’est par ce que j’apprends de mes parents, des professeurs ou des autres élèves, entre leurs résultats en sports et le fait qu’ils soient Noirs.

 

A plusieurs reprises, je suis D., un copain fier de sa Bretagne natale et de son parcours de Blanc, qui me fascine et me choque dans sa manière d’assumer d’écraser les autres par son savoir, ses idées ou quoi que ce soit d’autre, dans sa manière de chercher à avoir du pouvoir sur les autres. Son intérêt pour l’Histoire et la politique me fascinait également. Je le revis régulièrement à mon « retour du Nigeria », à Paris au lycée et à Lille pendant mes études. Je déciderais par la suite de rompre le contact avec lui faute de parvenir à exprimer ma haine pour ses idées arrêtées, son discours d’extrême gauche et sa vie largement à droite et remplie de jeux vidéos et autres anesthésiants de son quotidien. Plus qu’un désaccord profond d’idées et de coeur, D. me renvoyait et me renvoie toujours – nos parents continuent de se voir, j’ai des nouvelles de lui – le reflet de mes lâchetés quotidiennes et ordinaires, de ce que je pourrais encore devenir et que je suis invité quotidiennement à devenir, que je deviens malgré moi quand je ne résiste pas ou quand je laisse ma vigilance au repos. Au Nigeria en tout cas, je me range de son côté, parmi les Blancs, et me retrouve à relayer ses préjugés, notamment sur les nationalités et sur les Noirs. Paradoxalement, cette rencontre me forme aussi à une espèce d’esprit critique.

 

Par la suite, être témoin du meurtre collectif de deux personnes, l’une brûlée vive dans des pneus pour avoir voler une voiture qu’une expatriée lui avait abandonné, l’autre battu à mort pour avoir vidé le sac d’un couple Blanc se promenant sur la plage privée d’Elf, perturbera profondément ma vision de ce qu’est être Blanc. Cette transformation de regard se renforcera à mon retour en France devant les images qu’évoquaient mes années au Cameroun et au Nigeria. J’évoquerais cette suite de parcours dans une seconde partie, qui inclura également mes études à Lille et ma rencontre avec le milieu militant lillois. Cette seconde partie s’achèvera sur ma vision actuelle de ce qu’être Blanc signifie pour moi.

 

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ill chemistry

Fraîcheur et spontanéité sont sans doute pour moi les mots qui caractérisent le mieux cet opus de ill Chemistry le duo formé par Desdamona et Carnage the executionner, tous deux originaires de Minnéapolis. Ces qualificatifs sont assez ironiques quand on sait que le duo a attendu autant d’années avant de transposer sur un album entier la magie incroyable d’une association ébauchée dès 98. Grâce au label Nato c'est en France que le projet s'est matérialisé.

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Quelques mots avec Desdamona

The Source LP Desdamona

Voici un entretien avec Desdamona, rappeuse , poétesse et activiste hip-hop de Minnéapolis. J'ai pris contact avec elle en Novembre pendant qu'elle était en  tournée française avec le groupe Ursus Minor, pour leur 2ème album « I will not take but for an answer » rassemblant Tony Hymas (claviers), Mike Scott, guitare, François Corneloup, sax baryton, soprano, Stokley Williams, chant, batterie et donc invité-e-s sur quelques morceaux Boots Riley et Desdamona.

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