Quelques mots avec Desdamona

The Source LP Desdamona

Voici un entretien avec Desdamona, rappeuse , poétesse et activiste hip-hop de Minnéapolis. J'ai pris contact avec elle en Novembre pendant qu'elle était en  tournée française avec le groupe Ursus Minor, pour leur 2ème album « I will not take but for an answer » rassemblant Tony Hymas (claviers), Mike Scott, guitare, François Corneloup, sax baryton, soprano, Stokley Williams, chant, batterie et donc invité-e-s sur quelques morceaux Boots Riley et Desdamona.

  Tout d’abord je voulais te dire que je trouve géniale  la série « 365 days of females MC's » sur ton blog. (Desdamona a commencé sur son blog le 1er janvier 2011 une série visant à poster chaque jour pendant un an une vidéo de rappeuses différentes. Comme elle a pris un eu de retard la série continue encore. Allez-y faire un tour ! http://thedesdamona.wordpress.com/365-days-of-female-mcs/) J’imagine que c’est un défi très stimulant pour toi.  Peux-tu nous en dire plus ? Comment as-tu commencé ? Quels sont les retours?

J’ai commencé cette série parce que je voulais que les gens sachent qu’il y a un grand nombre de MC’s femmes. Elle n’ont peut-être pas de visibilité commerciale mais elles/nous existons. C’était un défi que je m’étais lancé pour voir si je pouvais le faire. J’ai eu de nombreux retours positifs. Beaucoup de gens disaient à quel point ils appréciaient de découvrir de nouvelles artistes et avaient hâte à chaque fois de découvrir la nouvelle artiste qui serait présentée. Je suis en retard à cause de mon emploi du temps mais j’espère me rattraper  pendant les derniers jours de 2011. Ça continue à rester un défi de finir la série.

Peux-tu nommer tes 10 femmes MC’s préférées de tous les temps?

Alors sans ordre particulier : 1. Queen Latifah 2. Lauryn Hill 3. Medusa 4. MC Lyte 5. Eternia 6. Ursula Rucker 7. Jah Skillz 8. The Conscious Daughters 9. Yo-Yo 10. Ang13

Ça fait maintenant 4 ans depuis ton album « the Source ». Tu as récemment sorti « Say my name » (un ep) puis le super morceau « the comeback » avec une vidéo géniale. C’est quoi la prochaine étape ?

J’espère finir un projet solo bientôt, qui incluera « the Comeback » mais ça a été difficile car j’ai été vraiment très occupée. J’ai travaillé avec des producteurs et musiciens locaux (Mineapolis/St Paul) sur ce projet solo mais c’est encore en train de prendre forme donc c’est difficile de dire où ça va aller. Le 30 janvier,  mon projet Ill Chemistry, une collaboration avec le beatboxer/rapper Carnage the Executioner sortira sur le label français Hope Street. On sera en tournée en France  et on jouera aussi au festival Sons d’hiver le 10 février.

Tu es une artiste solo qui fait des tas de choses avec plein de gens ; des ateliers, des collaborations musicales, tu animes des micros ouverts… Comment tu équilibres ton énergie entre les activités collectives et tes projets solos ?

 C’est difficile de trouver un équilibre parfois. Je dois me rappeler qu’il faut que je m’arrête, fasse des pauses parfois mais c’est difficile quand tu aimes ce que tu fais. J’aime être occupé tout le temps donc il faut que je fasse en sorte de garder de côté du temps pour moi. 

Tu es l’une artiste fondatrice du festival B-Girl Be de Minneapolis. Pourrais tu nous raconter un peu l’histoire de la création du festival ; l’esprit, l’enthousiasme, le chemin traversé pour le mettre en place…

L’idée de départ est venue d’un cycle  que j’ai créé avec 3 autres artistes et activistes de Minnéapolis. On organisait  un cycle nommé l’Encyclopédie de l’évolution du hip-hop dans un lieu associatif nommé Intermedia Arts et on avait présenté les différentes racines du Hip-Hop. On avait fait des spectacles sur l’influence Caribéenne, notamment le tambour et beaucoup d’autres influences. On a décidé de faire une soirée exclusivement féminine une année. C’était un défi de voir si on arriverait vraiment à le faire. Ça a commencé en 1999 et a continué jusque 2004. Il y avait plein de gens qui ne connaissaient pas les femmes artistes Hip-hop et il y avait aussi des gens qui pensaient que les performances de femmes n’étaient pas au niveau des trucs des hommes. Personnellement je voulais leur prouver qu’ils avaient tort. Une des directrices de Intermedia Arts m’a un jour interpellé en me demandant  si ça me dirait de faire un festival hip-hop exclusivement féminin.  Elle savait tout ce que j’avais traversé grâce à de nombreuses conversations qu’on avait eu ensemble sur mes difficultés à être programmée et sur la façon globale dont tu es parfois traitée quand tu es une femme dans le hip-hop. Au début ça m’a semblé trop gros comme truc à faire. J’hésitais à essayer de le faire mais je suis revenue et j’ai dit “oui je pense que c’est une bonne idée”. Elle pensait déjà que c’était une bonne idée donc on est allée de l’avant. On a commencé à discuter de qui nous inviterions à la table. Nous voulions un groupe de femme de la communauté hip-hop et on a construit un groupe de base de femme qui ont ensuite dirigé et co-construit le festival de 2005à 2007 puis 2009-2010.  Pendant toutes les années de festival on a ramené des femmes d’Afrique du Sud, Japon, Hollande, Amérique du sud, Canada, Puerto Rico, Allemagne et de partout à travers les EU et issues des 4 disciplines de bases ainsi que de universitaires, réalisatrices, dessinatrices de mode, auteures, prof, et étudiantes en Hip-hop. Ça prend presque toute l’année de préparer les festivités de l’été et ça peut être vraiment fatiguant mais on le fait toutes par passion, on savait que c’était quelque chose qui devait se faire. Je pense qu’on n’a pas réalisé l’impact de ce qu’on était en train de faire avant d’avoir les retours des artistes qui sont venues. On a fait un mur avec un nombre de graffeuses record, 24 femmes de partout dans le mondes ont participé. C’était aussi génial pour notre communauté  locale parce que les gens ont pu rencontrer et discuter avec des fondatrices et des références du hip-hop comme Roxanne Shante, Bahamadia, Spinderella, Pandora, Medusa, Ursula Rucker, B Girl Rokafella, B Girl Asia One et encore plein d’autres femmes travaillant dans le hip-hop. On a pas fait le festival depuis deux ans maintenant et les gens le réclament encore. Il est connu partout dans le monde et ça a construit un énorme réseau de femmes et ça a inspiré d’autres rencontres de ce genre dans d’autres villes Bien que le festival n’ait plus lieu maintenant, principalement pour des questions de financement, on continue d’entretenir l’esprit de B-Girl Be par des programmes d’études qu’on propose aux écoles et des programmes de camps d’été à Intermedia Arts. L’objectif de B-Girl Be n’a jamais été d’être exclusivement pour les femmes mais de fournir aux femmes un espace pour créer, d’ouvrir des portes pour expérimenter dans un monde qui n’est pas toujours accueillant pour les approches féminines. Ça a servi comme une sorte de test dans une coupelle de laboratoire et à un moment c’est devenu trop grand pour que ça reste dans la coupelle. Je crois que le festival a joué son rôle et maintenant on avance vers des choses plus grands et mieux. La prochaine étape ? Ça il faut qu’on le définisse. On est plus fortes. On est bien connectées. Je pense que les possibilités sont illimitées.

Y’avait-il des espaces pour que des questionnements féministes difficiles puissent émerger ?

          Il y avait vraiment des questions et des sujets féministes à chacun des événements mais les femmes ne parlent pas juste du fait d’être des femmes. Pour la plupart je trouve que les femmes dans le hip-hop sont plus humanistes que féministes. Nos événements rassemblaient des hommes, des enfants, des familles. C’était un espace pour tout le monde et c’est loin d’être toujours le cas dans le hip-hop.   

Comment est né ton projet « Too big for my skin » ? Quels sont les retours et vers quoi te diriges-tu avec ce projet ?

La campagne “too big for my skin” est née d’un poème du même titre que j’ai écrit. J’ai écrit le poème en 2011 je pense. C’était pour moi un poème très personnel et je n’avais aucune idée de l’impact qu’il aurait  et du nombre de gens qu’il toucherait jusqu’à ce que j’ai des retours. J’ai pris conscience qu’il fallait que je pousse l’idée plus loin. Une amie proche m’a suggéré de faire un  clip pour le poème et je l’ai fait. J’ai invité des femmes de mon entourage à en faire partie et je leur ai aussi demandé  de faire passer le mot de la campagne vidéo. Quotidiennement nous sommes bombardées d’images de ce que nous sommes supposées être en opposition à ce que nous sommes réellement. Je voulais créer une œuvre qui soit une vraie représentation des femmes pas une image déformée et retouchée numériquement. Mon espoir était que des gens voient la vidéo et répondent avec leur propre vidéo. Une espèce de jeu d’échos qui construirait un recueil d’images nouvelles et vraies. On a le pouvoir de créer ce que l’on veut voir. Actuellement je développe un programme de cours pour accompagner la vidéo et j’ai fait des ateliers dans des écoles autour des idées du poème, sur la représentation positive de soi et l’identité.

Ursus Minor est un groupe très particulier, expérimental. Quel plaisir ça t’apporte  de participer à ce projet ? Et comment ça sa passe avec le public français ? J’aime jouer avec Ursus Minor et j’aime le côté expérimental. Ca te pousse hors de tes limites et de ta zone de confort. Tout le monde dans le groupe est si talentueux et original et je suis flattée d’en faire partie et en plus d’avoir l’occasion d’en voir plus de la France. Le public français est attentif. Ce n’est pas toujours le cas aux Etats-Unis. Je trouve qu’en France on a l’impression que tout le monde est venu pour écouter. Ça peut rendre un peu nerveux. Bien que les publics aient l’air un peu réservés les gens sont sincères et apprécient la musique. J’ai hâte de revenir. Pour moi qui me considère comme une personne qui communique ça peut-être difficile de se retrouver dans un endroit où tu ne pas vraiment communiquer autant que tu le voudrais. Tout le monde a été très sympathique et serviable mais j’essaie d’apprendre plus de français pour ne pas dépendre des autres. Jusqu’à maintenant ma phrase préférée reste « je ne comprends pas » parce que j’aime la façon dont cela sonne  et aussi parce que je ne comprend pas.

Voilà. C'est fini. J'ajouterai que l'album de Desdamona et Carnage The Executionner « Ill chemistry » vient juste de sortir et en France seulement pour l'instant. Par ailleurs,Desdamona est présente sur internet à différents endroits, n'hésitez pas à y aller voir :

http://www.myspace.com/desdamona

http://thedesdamona.wordpress.com/

http://www.facebook.com/pages/Desdamona/25191495735

Ill Chemistry en concert le 10 Février à Villejuif dans le cadre du festival Sons d'Hiver

Interview réalisée par Tilda Kawengé.  

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