ill chemistry

Fraîcheur et spontanéité sont sans doute pour moi les mots qui caractérisent le mieux cet opus de ill Chemistry le duo formé par Desdamona et Carnage the executionner, tous deux originaires de Minnéapolis. Ces qualificatifs sont assez ironiques quand on sait que le duo a attendu autant d’années avant de transposer sur un album entier la magie incroyable d’une association ébauchée dès 98. Grâce au label Nato c'est en France que le projet s'est matérialisé.

D'un côté il y a  Carnage the Executionner rappeur au flow de folie, beatboxer de feu et travailleur social ayant sorti en Janvier 2011 le super album « Worth the wait ». De l'autre il y a la multitalentueuse Desdamona, rappeuse, poétesse, chanteuse, infatigable activiste hip-hop et féministe dont je suis fan et dont le dernier album « The Source » date déjà de 2007.

Dès le début, avec « Illchemy », l’enjeu de l’expérience « scientifique », créer à partir de rien, est annoncé et le résultat fait secouer la tête instantanément. Ce parti pris musical de créer une œuvre riche, revigorante, en repartant  du dénuement ingénieux du hip-hop originel est expliqué dans « Resuscitate ». Et ce principe de base minimaliste, ramenant au corps, au souffle, à l’énergie, fait ici, secondé par les arrangements de Paul Marino, des miracles soniques.

Avec le génial deuxième morceau, le touchant et planant « Love at first write », plus de doute : nous sommes complètement embarqués dans un voyage rythmique, lucide et ludique que le très réussi artwork de Rocco illustre à merveille.

           Dans mes morceaux préférés il y a sans hésitation l’excellent « Hold on » emmené dès le début vers les sommets par le chant sensible de Desdamona et magnifié par un époustouflant et poignant couplet de Carnage. Mais que  ce soit dans « If only you knew », « Underground », « Antartica », « Mush » les innombrables possibilités vocales de Desdamona associées à la constance, la force rythmique et mélodique de Carnage font mouche. Le tout est porté par des textes poétiques et sensés qui, production française oblige, figurent à la fois en français et en anglais dans le livret.

Des petites déceptions ? Sans doute la rencontre un peu ratée avec Mohamed Abozekry sur « Tahrir Square everywhere » pas très convaincante malgré les talents en présence. Ou un morceau comme « State of affairs » au propos généraliste et prévisible sur le hip-hop.     

       Des regrets ? L’album est un peu court et la fin me prend toujours par surprise,  mais c’est plutôt bon signe. Ça donne en tous cas super envie de voir le duo sur scène. Et ça nous rend  plus qu’impatient de découvrir un nouvel album de Desdamona ; bientôt on l’espère!

Tilda Kawengé

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